IA, câbles sous-marins et souveraineté numérique : le Maroc face aux nouvelles batailles invisibles

IA, câbles sous-marins et souveraineté numérique : le Maroc face  aux nouvelles batailles invisibles

 

 

Par Achoui Rabab : Doctorante en

Sciences Politiques / Géostratégie et

Souveraineté Numérique

 

À l’heure où l’IA redessine les équilibres de puissance, les tensions
géopolitiques s’invitent dans les couches les plus invisibles de l’espace
numérique.
Infrastructures critiques parmi les plus stratégiques, les câbles sous-marins
transportent 97% des flux mondiaux de donnée et constituent la colonne
vertébrale d’une connectivité globale sur laquelle reposent économies,
communications et souverainetés. Leurs contrôles, leur sécurisation ou leur
détournement deviennent des enjeux majeurs pour les puissances du XXIe siècle.
Dans ce contexte, l’Afrique du Nord- et particulièrement le Maroc- se retrouve à
la croisée des chemins. Sa position géographique entre l’Europe, l’Afrique et
l’Amérique lui confère un rôle clef dans les routes numériques sous-marines.
Pourtant, cette centralité technique n’est pas sans risques. À mesure que les
grandes puissances (USA, Chine, Russie, mais aussi des acteurs privés comme
Meta ou Google) investissent dans les technologies d’IA, la sécurisation des flux
devient une condition sine qua non de souveraineté.
C’est dans cette atmosphère tendue que se sont tenues, à Rabat, les récentes
Assises nationales de l’intelligence artificielle, réunissant chercheurs,
ingénieurs, juristes et responsables politiques. Si l’enthousiasme pour les
perspectives de l’IA était bien présent, l’accent a été clairement mis sur les enjeux
d’éthique, de sécurité et d’indépendance technologique. Le besoin d’une
gouvernance robuste, de régulations claires, mais aussi d’une diplomatie
technologique proactive a été unanimes souligné.
Face aux dérives potentielles de l’IA (biais algorithmiques, surveillance de masse,
désinformation automatisée), et aux risques d’atteintes aux infrastructures
(espionnage, sabotage ou captation de données via les câbles), le Maroc doit
construire sa propre feuille de route. Il lui faut conjuguer ambition d’innovation
avec résilience stratégique. Cela passe par une montée en compétences nationales,
une régulation adaptée à ses réalités socio-économiques, et une posture
diplomatique active dans les forums multilatéraux de la tech.
Loin d’être un luxe, la souveraineté numérique devient une nécessité vitale. Elle
ne se décrète pas, elle se construit. Dans un monde où les données sont les
nouveaux vecteurs de pouvoir, où les câbles sous-marins sont les nouvelles veines
de la géopolitique, le Maroc n’a pas seulement besoin de se connecter : il doit
apprendre à maîtriser son propre réseau, à gouverner son intelligence
artificielle et à sécuriser son avenir numérique.

admin

أضف تعليقاً

لن يتم نشر عنوان بريدك الإلكتروني. الحقول الإلزامية مشار إليها بـ *