Le pays, sa jeunesse, et le vertige  de l’avenir 

Le pays, sa jeunesse, et le vertige   de l’avenir 

Par : Dr. ACHOUI Rabab

Ce qui s’est joué à Ceuta ne relève pas seulement d’un fait divers frontalier ou d’un épisode migratoire spectaculaire. L’événement dit quelque chose de plus profond : il révèle la nervosité d’un pays dont une partie de la jeunesse, pourtant majoritaire en potentiel humain, demeure enfermée dans l’attente, l’incertitude et une forme de désaffiliation sociale. Les données les plus récentes confirment d’ailleurs l’ampleur du malaise : au Maroc, environ un jeune sur trois âgé de 15 à 29 ans est en situation de NEET, c’est-à-dire ni en emploi, ni en études, ni en formation, avec une vulnérabilité particulièrement forte chez les jeunes femmes. 

 

À travers Ceuta, c’est donc moins une frontière qu’un symptôme qui s’est imposé au regard public. Lorsqu’une génération nombreuse se retrouve exposée à la précarité, à la discontinuité des parcours et à l’horizon bouché, elle cesse d’apparaître comme un simple segment démographique pour devenir un indicateur politique. Un pays ne se mesure pas seulement à ses infrastructures, à ses discours de modernisation ou à ses capacités de projection extérieure ; il se mesure aussi à sa faculté de retenir l’espérance de ceux qui sont censés le faire durer.

 

Le problème, dans ce contexte, n’est pas uniquement économique. Il est aussi institutionnel, symbolique et intellectuel. Une jeunesse qui doute de l’utilité du mérite, de la valeur du diplôme, de l’efficacité des institutions et de la crédibilité des promesses publiques devient plus vulnérable aux discours de rupture, aux tactiques de manipulation et aux mirages de l’ailleurs. C’est pourquoi la crise de Ceuta doit être lue comme un révélateur de fragilité nationale, mais aussi comme un avertissement sur la capacité du pays à produire une cohésion durable autour d’un horizon commun. 

L’enjeu est d’autant plus aigu que les prochaines échéances électorales s’annoncent dans un climat où les attentes sociales sont élevées et la confiance institutionnelle demeure fragile. Le prochain cycle politique ne sera pas jugé seulement sur les promesses formulées, mais sur sa capacité à répondre à une question simple et décisive : que propose-t-on réellement à une génération qui ne veut plus être célébrée comme l’avenir du pays, mais traitée comme son présent ? Les enquêtes récentes sur la jeunesse marocaine montrent en effet un besoin net de reconnaissance, de mobilité sociale et de confiance dans les institutions, alors même que le désenchantement reste profond

Le véritable test du pays sera donc là : dans sa capacité à transformer une jeunesse vulnérable en force d’initiative, et à faire de la prochaine séquence politique non pas un exercice de reconduction des équilibres, mais un moment de réengagement national. Car lorsqu’un État ne parvient plus à donner à sa jeunesse ni perspective ni place, c’est le ressort même

 de l’avenir qui se dérègle

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