Avant de changer le monde, cultivons d’abord notre jardin
Par Pr.Achoui Rabab
À l’approche des échéances électorales, les images se multiplient : affiches, promesses, discours, poignées de main, sourires soigneusement mis en scène et paroles destinées à convaincre.
Mais derrière ce spectacle politique, une question plus profonde devrait nous interpeller, nous, citoyens :
Que faisons-nous, individuellement, de notre responsabilité dans la construction de la société que nous dénonçons parfois ?
Il est facile de regarder la corruption, les abus de pouvoir, le clientélisme ou les promesses non tenues en désignant ceux qui gouvernent. Il est plus difficile de regarder en soi et de se demander : quelle part de responsabilité ai-je dans la culture que je contribue à entretenir ?
Car une société ne se dégrade pas uniquement par les décisions de ceux qui exercent le pouvoir. Elle se fragilise aussi lorsque le citoyen banalise le passe-droit, accepte le favoritisme lorsqu’il le sert, ferme les yeux lorsque l’irrégularité profite à son intérêt personnel, ou considère que la morale est une exigence que l’on impose aux autres mais dont on peut s’exempter soi-même.
C’est peut-être là que commence notre véritable mission citoyenne.
Avant de réclamer des responsables irréprochables, apprenons à devenir nous-mêmes des citoyens responsables.
Avant d’exiger une société juste, interrogeons notre propre rapport à la justice.
Avant de dénoncer la corruption, refusons d’en devenir les bénéficiaires lorsque cela nous arrange.
Avant de demander aux autres de respecter la loi, apprenons à la respecter même lorsqu’elle contrarie nos intérêts.
Il ne s’agit évidemment pas de déresponsabiliser les institutions ou ceux qui exercent une fonction publique. Au contraire. La démocratie exige des institutions solides, de la transparence, de la reddition des comptes et une vigilance citoyenne permanente.
Mais la démocratie ne peut être uniquement une affaire de dirigeants.
Elle est aussi une culture.
Et cette culture commence dans nos familles, dans nos écoles, dans nos universités, dans nos administrations, dans nos entreprises, dans notre manière de traiter l’autre et, surtout, dans ces petits choix quotidiens auxquels nous ne donnons parfois aucune importance.
Cultiver son jardin, ce n’est donc pas se détourner de la chose publique.
C’est commencer par soi.
S’éduquer humainement.
Apprendre à respecter.
Apprendre à écouter.
Apprendre à différer son intérêt personnel lorsqu’il entre en contradiction avec l’intérêt collectif.
Développer le sens de la responsabilité.
Comprendre que la liberté sans conscience peut devenir une autre forme d’égoïsme.
Nous voulons souvent changer le monde avant d’avoir travaillé sur nous-mêmes.
Nous voulons des citoyens exemplaires sans toujours accepter de devenir exemplaires dans notre propre quotidien.
Nous voulons des responsables intègres sans nous demander si nous sommes prêts, nous aussi, à renoncer à certains avantages lorsqu’ils reposent sur l’injustice.
Alors, face aux images qui circulent aujourd’hui et aux débats qui accompagneront cette période électorale, gardons une exigence essentielle :
ne nous contentons pas de choisir des représentants ; construisons aussi le citoyen que nous voulons voir représenté.
Parce qu’une société ne change durablement ni par les slogans, ni par les campagnes, ni par les visages placardés sur les murs.
Elle change lorsque suffisamment d’individus décident de commencer par eux-mêmes.
Cultiver son jardin n’est pas fuir la cité.
C’est préparer le terrain sur lequel une meilleure cité pourra grandir.


