Crises locales, ambitions globales : l’Achoura 2025 face aux défis de la souveraineté numérique au Maroc

Crises locales, ambitions globales : l’Achoura 2025 face aux défis de la  souveraineté numérique au Maroc

Par Achoui Rabab : Doctorante en sciences Po / Géostratégie et souveraineté numérique

L’Achoura 2025 a laissé derrière elle bien plus que des rues jonchées de débris pyrotechniques.
Elle a révélé, une fois de plus, la profondeur des fractures sociales, l’impuissance des dispositifs
de sécurité urbaine et le désalignement entre les réalités locales et les ambitions stratégiques du
Maroc en matière de souveraineté numérique. Alors que le pas s’affiche sur la scène
internationale comme un acteur en devenir dans l’économie numerique, les scènes de chaos
urbain, amplifiées par les réseaux sociaux et l’inaction visible des autorités, posent de sérieuses
questions sur la cohérence du modèle de gouvernance. Comment bâtir une nation numérique
résiliente lorsque les fondements de la stabilité sociale restent fragiles ? Cette analyse
interroge le lien entre désordre local et ambition globale, entre sécurité physique et
cybersécurité, entre leadership technologique et inclusion citoyenne.
Loin d’être une simple tradition folklorique, l’Achoura est devenue, au fil des années, un
marqueur social. Cette fête, censée incarner la solidarité et la joie populaire, se transforme
souvent en un espace de défoulement chaotique. En 2025, les images virales de violences,
d’agressions, de jets de pétards sur les forces de l’ordre, et d’actes de vandalisme dans plusieurs
villes marocaines ont choqué autant qu’elles ont lassé. Ce désordre récurrent montre un profond
malaise sociétal, où l’absence d’encadrement, la déresponsabilisation familiale, et le vide
éducatif laissent la place à une jeunesse livrée à elle-même, souvent en quête d’exutoire. Ces
épisodes, loin d’être anecdotiques, illustrent l’échec d’un encadrement sécuritaire préventif et
d’un modèle éducatif capable de canaliser les frustrations vers des expressions constructives.
Le Maroc affiche une ambition claire : faire du numérique un levier de développement, de
compétitivité et de rayonnement international. Les stratégies telles que « Maroc Digital 2030 »,
les investissements dans les infrastructures cloud, la cybersécurité ou encore les partenariats
internationaux dans l’intelligence artificielle, témoignent d’une volonté politique affirmée.
Mais cette ambition se heurte à une fracture sociale persistante : inégalités d’accès, désintérêt
des jeunes marginalisés, précarité des zones périurbaines, et sentiment d’exclusion face à un
projet numérique perçu comme élitiste. La souveraineté numérique ne peut être pensée
indépendamment du tissu social qui la porte. Elle nécessite un socle stable de citoyens
informés, éduqués, connectés, mais surtout inclus. L’appropriation sociale du numérique est
aussi stratégique que la souveraineté technologique elle-même.
Pour transformer ce diagnostic en plan d’action, il est impératif de repenser la souveraineté
numérique non comme une fin en soi, mais comme un levier de cohésion sociale et de résilience
nationale. Cela commence par une éducation numérique dès le plus jeune âge, qui intègre à la
fois les compétences techniques, l’esprit critique et la citoyenneté numérique. Les forces de
l’ordre doivent être formés à l’usage des technologies prédictives, de l’IA et de l’analyse de
données pour anticiper les débordements sociaux. Les jeunes, notamment ceux des quartiers
populaires, doivent être intégrés dans des projets de Civic tech, d’innovation locale et de
fabrication numérique.
Enfin, le discours politique autour du numérique doit cesser d’être technocratique et se
rapprocher des préoccupations concrètes des citoyens : emploi, accès aux services, justice,
sécurité. Ce n’est qu’à cette condition que le Maroc pourra prétendre à un leadership numérique durable.

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